En mai dernier, lorsque Olivier Krumbhloz était venu rendre visite à Leïla Lejeune, alors jeune maman d'une petite Jeanne depuis le 31 mars, l'ex-internationale n'excluait pas un retour sous le maillot tricolore pour le Mondial 2007 qui se déroulera en France.
Les discussion avec le sélectionneur national n'avaient pas alors été beaucoup plus loin. Trop tôt.
« Je crois que j'ai envie de dire oui mais il faut d'abord que je reprenne l'entraînement et que je ne connaisse pas de pépins physiques au cours des prochains mois, avait-elle dit alors. Je ne sais pas comment va réagir mon corps après ma grossesse. Il faudra également que je retouche la balle pour retrouver des sensations. Il faudra donc attendre avant de donner une réponse et, surtout, bien y réfléchir. Car, et j'insiste là-dessus, je ne prendrais pas la décision seule. Cela se fera en concertation et en parfait accord avec Laurent, mon mari. »
En septembre, Philippe Bana, le DTN, avait lui aussi fait le déplacement jusqu'à La Réunion. Pour divers rendez-vous et un, plus précis, avec Leïla Lejeune. Là, évoquant à la fois des « problèmes de reconversion » et son avenir en Bleu, la Réunionnaise s'était donné quelques heures pour faire le point et évaluer la proposition de la fédération.
Quelques jours plus tard, Leïla Lejeune affirmait que « au jour d'aujourd'hui, ce n'est pas possible. Ce qu'ils me proposent m'oblige à aller jusqu'en 2008, c'est trop compliqué », explique-t-elle, pas désireuse de sacrifier sa vie de famille et de nouvelle maman à un projet, si séduisant soit-il.
Si la donne avait en effet changé par rapport aux premiers contacts, c'est essentiellement parce que les règlements internationaux ont évolué. Si la France n'est pas championne du Monde en 2007, elle devra passer par un tournoi de qualification en mars 2008 pour aller à Pékin. « Cela voudrait dire, explique-t-elle, que je quitterai la Réunion en juin 2007 et que je terminerais l'aventure le 31 août 2008... Ce n'est pas possible.»
Courant octobre, divers échanges de mails ou appels téléphoniques avaient relancé la possibilité de revoir Leïla au Mondial. A un moment, elle soulignait même qu'elle était « toute proche de revenir » sous le maillot tricolore car les modalités de son éventuel retour avaient été de nouveau discutées et acceptées par le sélectionneur national et le DTN.
Hélas pour l'équipe de France, lundi soir, sept mois, jour pour jour, après la naissance de sa fille Jeanne, et un mois et demi après avoir repris la compétition avec son club du HB Saint-Pierre (Préfédérale 1), où elle est entraîneuse-joueuse, Leïla Lejeune a mis fin au suspense qui entourait son possible retour en équipe de France pour le Mondial 2007.
« Lundi, j'ai téléphoné à Olivier (Krumbholz) pour lui expliquer ma décision. J'avais envie de ce retour mais c'était trop compliqué, surtout au niveau des contraintes logistiques. Je me voyais mal partir plusieurs mois de La Réunion.» Les nouvelles orientations professionnelles de Laurent, son mari, et la crainte d'un éloignement familial ont donc pesé davantage que son amour du maillot Bleu et du numéro 4 qu'elle ne portera donc plus.
« Je suis soulagée d'avoir enfin pris ma décision, expliquait-elle mardi soir avant d'aller dîner en famille, chez ses parents. J'aurai peut-être un petit pincement au c½ur au moment du premier match de l'équipe au Mondial mais je pense que ça ira. Et puis, si les filles se qualifient pour les quarts ou demi-finales, j'irais certainement les supporter.»
Dans ce choix final, il est également possible que Leïla Lejeune ait estimé qu'elle ne pourrait supporter les contraintes physiques et mentales d'un entraînement poussé pour revenir au premier plan et retrouver un niveau international. Comme elle l'avait évoqué dès la naissance de sa fille.
Il y a quelques semaines, Philippe Bana avait pourtant souligné que personne ne devait prendre de décision hâtive, songeant certainement que le retour de l'ex-numéro 4 des Bleues pourrait se faire plus tard. « On se donne du temps. On n'est pas pressé. Pour l'instant, c'est un enjeu familial qui est compréhensible. Il faut avoir cela à l'esprit. »
C'est donc en pesant le pour et le contre de tous ces paramètres que Leïla Lejeune a préféré mettre fin à cette aventure. Elle n'a pas voulu tricher et prendre une place dans le groupe, laissant d'ores et déjà les jeunes se préparer à cette échéance. Pas sûr qu'Olivier Krumbholz ait été ravi de cette nouvelle mais l'anticipation de cette décision lui laisse quelques mois pour trouver la formule idéale et la ou les joueuses qui pourront mener cette équipe de France le plus loin possible. Comme l'avait fait Leïla Lejeune à plusieurs reprises...